Le cannabis : un allié dans la lutte contre le changement climatique ?

Champ de chanvre

Alors que nous traversons un épisode de canicule et que les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir, les scientifiques et les spécialistes de l’industrie du chanvre mettent en avant le potentiel de la plante dans la lutte contre le changement climatique.

Le chanvre : peu exigeant et potentiel puits de carbone

Les experts sont de plus en plus unanimes sur le fait que la plante la plus polyvalente au monde pourrait aider à ralentir un effondrement de l’environnement.

En effet, par son mode de culture, le cannabis est peu consommateur en terre et en eau et permet de réduire la production de CO2 grâce à ses produits dérivés.

Dans une interview au site britannique Metro.co.uk, le directeur de l’Institut du changement environnemental de l’Université d’Oxford Dr Michael Obersteiner a déclaré qu’il y avait de bonnes raisons de s’enthousiasmer pour le cannabis.

« Il pourrait s’agir d’une culture permettant d’économiser des terres dans le sens où il faudrait plus de terres pour produire la même quantité de protéines, d’huile et de biomasse si elle était produite par des cultures spécialisées distinctes.

L’économie de terres permettrait d’éviter l’expansion des terres cultivées en forêts. Cela permettra de réduire considérablement les émissions de CO2.

Il y a également un espoir que la plante puisse améliorer le rendement des sols et absorber d’importantes quantités de carbone, tandis que la British Hemp Alliance (BHA) affirme qu’elle peut également offrir une foule d’autres avantages environnementaux. »

Rebekah Shaman, directrice générale et cofondatrice de la BHA, a expliqué :

« Le chanvre a de nombreuses applications, notamment des matériaux de construction, des plastiques biodégradables et des utilisations dans les industries automobile et aérospatiale ».

Les professionnels de l’industrie du chanvre légal pensent que la plante a été sous-utilisée et négligée en partie à cause de la stigmatisation de la marijuana, le cannabis à usage récréatif.

Mme Shaman a affirmé que le chanvre pouvait contribuer à créer « une économie verte, durable et lucrative », en mettant en avant sa croissance rapide et sa capacité à aérer le sol.

Elle a ajouté : « Il s’agit du produit naturel le plus polyvalent au monde, qui pourrait remplacer le bois, le coton et tous les produits dérivés du pétrole.

Comparé au coton – qui nécessite environ 5300 litres d’eau pour chaque livre produite – le chanvre en nécessite la moitié, voire moins, et produit pourtant 200-250% de fibres en plus sur la même quantité de terre ».

Le chanvre : un sujet encore boudé par la COP26

cop 26- conférence mondiale sur le climat - Glasgow

Malgré les quelques 4 000 « expressions d’intérêt » de diverses organisations, les organisateurs de l’événement britannique cette année, ont refusé de mettre le sujet à l’ordre du sommet.

Des doutes persistent concernant la quantité de carbone que le chanvre peut retenir. Les experts sont prudents lors de leurs communications sur ses avantages environnementaux, en particulier si sa culture et son industrie ne sont pas plus développés.

Selon le Dr Phillip Williamson, la comparaison de l’absorption de carbone du chanvre avec celle d’autres plantes n’est pas très significative dans un contexte de solution climatique. En effet, pour presque toutes les cultures agricoles, le carbone sera relativement rapidement recyclé – par des processus de décomposition et de pourrissement, libérant le carbone dans l’atmosphère finalement.

Mais Jamie Bartley, le PDG d’Unyte Hemp, dit que le chanvre pourrait pousser avec succès « n’importe où au Royaume-Uni » et a bon espoir qu’il absorbe beaucoup plus de carbone que les autres plantes – une position reprise par un rapport de la Campagne pour le chanvre britannique d’avril.

Un intérêt certain dans les matériaux de construction et les biocarburants

textile en chanvre

Le Dr Williamson se montre plus optimiste quant aux produits du chanvre comme le biocarburant ou en tant que matériau d’isolation qui rendraient diverses industries plus respectueuses de l’environnement. Selon lui, le chanvre pourrait être plus rentable pour les producteurs que les alternatives actuelles :

« En particulier, l’utilisation potentielle des fibres dans les matériaux de construction composites… permettrait le stockage à long terme (plus de 50 ans) nécessaire pour retirer le carbone de la circulation. »

Il a toutefois mis en garde contre le fait de considérer la plante comme « la solution » et a appelé à la considérer comme un outil parmi d’autres pour lutter contre la crise climatique – un point de vue souligné par la grande majorité des climatologues, qui ont exhorté les gouvernements à combiner diverses tactiques.

Pourtant, l’utilisation des terres est considérée comme un moyen essentiel de limiter la hausse de la température mondiale et le Dr Obersteiner de l’Université d’Oxford pense que le chanvre peut faire partie de la solution. Selon se lui :

« La productivité des terres, mesurée en protéines ou en huile par hectare, est comparable à celle des cultures concurrentes, mais le fait que le chanvre coproduise en plus une grande quantité de biomasse qui peut être utilisée pour la production de textiles, de matériaux de construction, de pâte à papier et de produits chimiques spéciaux en fait une culture vraiment intéressante.

L’utilisation multiple crée également un effet d’assurance financière interne supplémentaire dans le sens où si les prix des protéines sont bas, un prix plus élevé des fibres pourrait compenser et générer un profit stable pour l’agriculteur. »

Il a noté que la culture a besoin de relativement peu d’intrants comme les engrais pour être productive et a qualifié les graines de chanvre de « super aliment » qui peut remplacer les protéines d’origine animale.

Le Dr Obersteiner a ajouté : « Nous verrons sûrement de plus en plus de produits à base de chanvre dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires, de fibres et de produits chimiques spécialisés du Royaume-Uni si ce pays prend son engagement Net Zero très au sérieux ».

Unyte Hemp affirme que la plante peut être utilisée pour fabriquer de nombreux produits comme :

  • Des blocs de construction,
  • Des bioplastiques,
  • Des aliments pour animaux,
  • Du graphène,
  • Des textiles,
  • Des produits de remplacement du bois.

Cette fabrication se faisant de manière plus durable que ses alternatives, tout en produisant de la nourriture.

Le chanvre pourrait contribuer à préserver la qualité des sols et la biodiversité

plant de cannabis

Nathaniel Loxley, un directeur de Vitality Hemp Limited, a ajouté que les agriculteurs britanniques utilisant le chanvre

« bénéficieraient d’une meilleure santé du sol, les plants étant d’énormes puits de carbone et ayant le potentiel pour augmenter les gains nets de biodiversité ».

Un porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales britannique a déclaré :

« Nous avons récemment commandé un projet visant à établir les possibilités d’intégrer la culture du chanvre dans les pratiques agricoles existantes au Royaume-Uni.

Nous continuerons à utiliser de tels projets pour mieux comprendre comment les nouvelles cultures peuvent contribuer à la réalisation d’actions durables sur le plan environnemental. »

 

Source : https://metro-co-uk.cdn.ampproject.org/c/s/metro.co.uk/2021/06/09/hemp-hailed-as-worlds-most-versatile-natural-product-in-climate-change-fight-14744250/