Est-ce que le CBD peut aider soulager l’endométriose ?

CBD | endométriose et règles douloureuses

 À retenir 

  • À ce jour, aucun organisme de santé ne recommande le CBD dans l’endométriose, faute d’essais cliniques randomisés publiés.
  • Les preuves cliniques solides font encore défaut, même si plusieurs essais sont en cours.
  • Des patientes rapportent un soulagement de la douleur et une amélioration de leur qualité de vie.
  • Il est recommandé d’en discuter avec un médecin avant toute utilisation. 

 

L’endométriose touche 10 à 15 % des femmes en âge de procréer. Maladie chronique, incurable, souvent diagnostiquée avec un retard de 7 à 10 ans, elle génère des douleurs invalidantes et un manque criant de solutions thérapeutiques satisfaisantes. 

 

Qu’est-ce que l’endométriose ?

L’endométriose se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de la cavité utérine principalement sur les ovaires, les trompes, le péritoine, parfois l’intestin ou la vessie. Ces lésions réagissent aux variations hormonales du cycle menstruel, provoquant une inflammation locale progressive. 

Les symptômes les plus fréquents sont des douleurs pelviennes chroniques, des règles douloureuses (dysménorrhée), des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie), des troubles digestifs et urinaires, une fatigue persistante, et dans 30 à 50 % des cas, des difficultés à concevoir.[1] Le diagnostic, confirmé par coelioscopie, intervient en moyenne après 7 à 10 ans. Les traitements hormonaux et chirurgicaux sont partiellement efficaces et souvent sources d’effets indésirables importants. 

 

Qu’est-ce que le CBD ? 

Le cannabidiol est l’un des principaux composés actifs du Cannabis sativa. On le distingue du THC : 

  • Le THC est le composant psychoactif du cannabis, responsable des effets « planants » associés au cannabis récréatif. 
  • Le CBD est non psychoactif : il ne provoque pas d’altération de la conscience, n’induit pas de dépendance au sens clinique du terme aux doses thérapeutiques étudiées, et ne figure pas sur la liste des substances stupéfiantes dans la plupart des pays européens lorsqu’il est issu de variétés de chanvre réglementaires. 

 
Sur le plan médical, le CBD a obtenu en 2018 une première autorisation de mise sur le marché par la FDA américaine pour le traitement de certaines formes d’épilepsie sévère de l’enfant. En Europe, cette même molécule est autorisée sous le nom Epidyolex®. C’est à ce jour la seule indication médicale officiellement approuvée. 

Le lien biologique : le système endocannabinoïde

Le système endocannabinoïde est un réseau de signalisation cellulaire présent dans l’ensemble de l’organisme. Il comprend des molécules produites naturellement par le corps (endocannabinoïdes, notamment l’anandamide et le 2-AG), des récepteurs spécifiques (CB1, CB2, TRPV1), et des enzymes de synthèse et de dégradation. 

Il est présent dans tout l’appareil reproducteur féminin : endomètre, ovaires, trompes, myomètre. Il joue un rôle documenté dans la régulation du cycle menstruel, de l’inflammation locale et de la perception de la douleur pelvienne. 

 

infusion CBD

Ce que montrent les études 

La majorité des données disponibles provient de modèles animaux. Les chercheurs ont observé une réduction de la taille des lésions endométriosiques après l’administration de CBD, une diminution des marqueurs inflammatoires (IL-6, TNF-α), et une réduction de l’innervation anormale associée aux lésions.[2] [4]. Ces résultats sont encourageants mais ne peuvent pas être directement extrapolés à l’être humain. 

 

Données issues des patients (enquêtes et études observationnelles) 

En l’absence d’essais cliniques randomisés publiés, les données humaines proviennent d’enquêtes et d’études observationnelles. 

Une enquête germanophone de 2024 qui porte sur 912 participantes atteintes d’endométriose a montré que le cannabis était évalué comme la stratégie d’automédication la plus efficace parmi les utilisatrices, avec environ 90 % déclarant avoir réduit leur consommation d’antalgiques.[7]  

Une revue systématique de 2022 analysant 16 études (plus de 1 800 participantes) a relevé une réduction moyenne de 3,45 points sur une échelle de douleur de 10 points, avec 61 à 95,5 % des participantes rapportant un soulagement.[8] 

Une étude de cohorte néo-zélandaise publiée début 2026 (28 patientes, huile à dominance CBD, 12 semaines) a observé une réduction de 30 % du score de douleur et une amélioration de 46 % du score de qualité de vie EHP-30.[9] Ces études présentent des limites méthodologiques significatives (absence de groupe contrôle, hétérogénéité des produits, biais de rappel) et ne permettent pas d’établir de relation de causalité. 

Essais cliniques en cours 

Plusieurs essais randomisés contrôlés sont actuellement enregistrés ou en cours : l’essai ENDOCAN-1 à l’Université d’Édimbourg (CBD vs placebo sur 12 semaines, résultats attendus fin 2026) [10], l’essai DREAMLAND au Brésil testant un extrait oral à 98 % CBD, [11] et l’essai NCT04527003 aux États-Unis évaluant différentes doses de CBD sur la douleur et l’inflammation. [12] Ces études constitueront la première preuve clinique de haut niveau sur ce sujet. [1] 

 

Quelle est la position des autorités de santé à ce sujet ?  

À ce jour, aucun organisme de santé (HAS en France, NHS au Royaume-Uni, ACOG aux États-Unis) ne recommande officiellement le CBD dans l’endométriose, faute d’essais cliniques randomisés publiés.  

L’ACOG et la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada reconnaissent cependant que l’automédication par le cannabis est fréquente chez les patientes et soulignent la nécessité de données plus robustes avant toute recommandation. 

 

Interactions médicamenteuses et effets indésirables 

Le CBD inhibe certaines enzymes du cytochrome P450 (CYP3A4, CYP2C19), impliquées dans le métabolisme de médicaments. Des interactions potentielles ont été documentées avec les anticoagulants (warfarine, rivaroxaban), certains antiépileptiques, et les médicaments à index thérapeutique étroit. Des interactions théoriques avec les contraceptifs hormonaux existent, sans confirmation clinique à ce jour. 

Le CBD présente aussi un profil de tolérance favorable. Les effets indésirables les plus fréquents sont la fatigue, des troubles digestifs et une somnolence. Des élévations des enzymes hépatiques ont été observées à doses élevées (essentiellement dans les études sur l’épilepsie, à plus de 10 mg/kg/jour).  

En cas de prise médicamenteuse régulière, consultez un médecin ou pharmacien avant d’utiliser un produit à base de CBD. 

Quels risques en cas de grossesse ou d’allaitement ?  

En l’absence de données suffisantes sur la sécurité du CBD pendant la grossesse et l’allaitement, sa consommation est déconseillée. Les études disponibles concernant le cannabis (THC + CBD) suggèrent des risques pour le développement fœtal ; les données spécifiques au CBD seul restent insuffisantes. 

 

Sources scientifiques principales 

[1] Whitaker LHR et al. — Trends in Pharmacological Sciences, 45(12):1150–1161, nov. 2024. doi: 10.1016/j.tips.2024.10.014 

[2] Anvari Aliabad R. et al. — Immunity, Inflammation and Disease, 12(8):e1370, août 2024. doi: 10.1002/iid3.1370 

[3] Farooqi T. et al. — J. Clin. Med., 12(22):7071, nov. 2023. PMC10671947 

[4] Okten SB. et al. — Reproductive BioMedicine Online, 46(5):865–875, fév. 2023. doi: 10.1016/j.rbmo.2023.01.018 

[5] Lingegowda H. et al. — Journal of Cannabis Research, 4:54, oct. 2022. doi: 10.1186/s42238-022-00163-8 

[6] Mistry M. et al. — Eur. J. Obstet. Gynecol., 2019. doi: 10.1016/j.ejogrb.2019.10.038 

[7] Jasinski V. et al. — Archives of Gynecology and Obstetrics, 2024. doi: 10.1007/s00404-024-07652-6 

[8] Liang AL., Gingher EL., Coleman JS. — Obstetrics & Gynecology, 139(2):287–296, 2022. doi: 10.1097/AOG.0000000000004680 

[9] McLaren C. et al. — Aust. and NZ J. Obstet. Gynaecol., déc. 2025. doi: 10.1111/ajo.70081 

[10] ENDOCAN-1 — Université d’Édimbourg. reproductive-health.ed.ac.uk 

[11] DREAMLAND — ClinicalTrials.gov / Veeva. ctv.veeva.com 

[12] NCT04527003 — clinicaltrials.gov/study/NCT04527003 

 

Ce document est rédigé à titre informatif et documentaire uniquement. Il ne constitue pas un avis médical, une recommandation thérapeutique, ni une incitation à la consommation d’un produit. Toute décision concernant un traitement doit être prise en concertation avec un professionnel de santé qualifié.