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Qu’est-ce que le H4CBD ?
Le H4CBD, dont le nom complet est hexahydrocannabidiol (ou tétrahydrocannabidiol, parfois noté H4-CBD, HHCBD ou CyclohexylCBD), est un cannabinoïde hémisynthétique dérivé du CBD.
Il ne se trouve pas à l’état naturel dans la plante de cannabis mais est produit en laboratoire via un procédé chimique appelé hydrogénation, qui consiste à ajouter des atomes d’hydrogène à la molécule de CBD.
Histoire et découverte du H4CBD
1940 : Première synthèse
Le H4CBD a été synthétisé pour la première fois par Alexander R. Todd en 1940, par hydrogénation catalytique du cannabidiol. Todd, futur prix Nobel de chimie en 1957, travaillait à élucider la structure des cannabinoïdes (bien que son Nobel de 1957 ait été décerné pour ses travaux sur les nucléotides et coenzymes). D’autres dérivés hydrogénés du CBD ont été produits à la même période, notamment le H2CBD (dihydrocannabidiol), ce qui explique une certaine confusion nomenclaturale persistante.
2006 : redécouverte pharmacologique
En 2006, une étude menée par Ben-Shabat et al. a établi que les diastéréomères du H4CBD se lient au récepteur CB1 avec une forte affinité, et que le H4CBD présente des capacités anti-inflammatoires. C’est cette publication, signée par une équipe incluant Shimon Ben-Shabat, qui constitue aujourd’hui la référence pharmacologique principale sur le H4CBD [1].
2021-2022 : apparition sur le marché grand public
Dans le sillage du boom des cannabinoïdes alternatifs (HHC en tête), le H4CBD commence à apparaître sur des plateformes de vente en ligne et dans des boutiques CBD, présenté comme un produit légal aux effets proches d’un mélange CBD/THC faible dose.
2023-2024 : réaction réglementaire
Face à l’émergence de ces substances et aux signalements d’effets indésirables graves, les autorités sanitaires françaises et européennes passent à l’action.
Structure chimique du H4CBD
Le CBD (formule C₂₁H₃₀O₂) est un phytocannabinoïde naturel extrait de la plante Cannabis sativa. Sa structure comprend deux cycles aromatiques et, dans sa portion terpénique, deux doubles liaisons carbone-carbone (C=C).
La synthèse du H4CBD repose sur l’hydrogénation catalytique : en présence d’un catalyseur et d’un gaz hydrogène sous pression, les deux doubles liaisons du cycle terpénique du CBD sont saturées par l’ajout de quatre atomes d’hydrogène. H4CBD [1,2,8,9-tétrahydrocannabidiol, nom systématique 2-(2-isopropyl-5-méthylcyclohexyl)-5-pentylbenzène-1,3-diol] est préparé par réduction avec de l’hydrogène et un catalyseur Pd/C.
La formule moléculaire obtenue est C₂₁H₃₄O₂, elle est identique à celle du HHC mais avec une structure tridimensionnelle différente, ce qui lui confère des propriétés pharmacologiques distinctes.
Quels sont les risques pour la santé ?
L’ANSM motivé son interdiction du H4CBD par des signalements réels d’effets graves. Selon eux, la consommation de ces substances peut entraîner des effets immédiats comme :
- des vomissements,
- une perte de connaissance,
- un coma, des convulsions,
- une paranoïa, de l’anxiété,
- une hypertension artérielle,
- une tachycardie.
Ces substances miment les effets du THC avec des effets graves et plus intenses que ceux ressentis avec la consommation de cannabis. [7] Depuis le 1er septembre 2023, 90 cas d’effets indésirables ont été signalés aux centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A), dont 40 % ont conduit à une entrée aux urgences ou à une hospitalisation. [7]
Existe-t-il un risque de dépendance ?
L’ANSM souligne que ces produits risquent d’entraîner une dépendance. Des consommateurs ont rapporté des difficultés à cesser son utilisation, et suggèrent un potentiel de dépendance psychologique, même si celui-ci n’a pas encore été caractérisé de manière exhaustive dans des études [7].
- Les mineurs : les produits à base de cannabinoïdes synthétiques sont particulièrement dangereux pour les adolescents, dont le système nerveux est encore en développement. Une ingestion accidentelle peut provoquer des effets graves.
- Les femmes enceintes ou allaitantes : aucune donnée de sécurité disponible. Toute exposition est à proscrire.
- Les personnes qui souffrent de troubles psychiatriques : l’activité CB1 peut exacerber des troubles anxieux, psychotiques ou dépressifs.
- Les conducteurs : la psychoactivité du H4CBD, même modérée, peut altérer la vigilance et les réflexes. La conduite après consommation est dangereuse et passible de sanctions.
- L’interaction avec des médicaments : comme pour le CBD, des interactions avec des médicaments métabolisés par le cytochrome P450 (anticoagulants, antiépileptiques, immunosuppresseurs) sont possibles, mais non étudiées spécifiquement pour le H4CBD.
En cas d’effet indésirable grave, appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences. Vous pouvez également déclarer le cas sur signalement.social-sante.gouv.fr ou contacter le CEIP-A de votre région.
Comparaison avec le CBD, le HHC et le THC
| Critère | CBD | H4CBD | HHC | THC (Δ9) |
| Origine | Naturelle (chanvre) | Hémisynthétique | Hémisynthétique | Naturelle (cannabis) |
| Psychoactivité | Non | Légère à modérée | Modérée | Oui (forte) |
| Affinité CB1 | Très faible (3,3–4,8 mM) | Modérée (145 nM) | Modérée-élevée | Élevée (faible nM) |
| Statut France (2024) | Légal (sous conditions) | Stupéfiant (interdit) | Stupéfiant (interdit) | Stupéfiant (interdit) |
| Études cliniques humaines | Oui (nombreuses) | Aucune | Aucune | Oui (nombreuses) |
| Profil de sécurité établi | Oui (OMS, ANSM) | Non | Non | Oui (partiel) |
Quel est son statut en France ?
La France l’interdit depuis le 3 juin 2024
L’ANSM a publié un communiqué intitulé “L’ANSM inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants”. Le H4CBD, H2CBD, HHC, HHCP, HHCPO, THCP, THCA sont interdits à la production, la vente et l’usage en France à partir du 3 juin 2024. [7]
Cela signifie que :
- La production, la vente, l’achat, la détention et l’usage de H4CBD sont constitutifs d’une infraction pénale en France.
- Les sanctions applicables sont celles du droit commun des stupéfiants (jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende pour simple usage).
- Cette interdiction s’applique à toutes les formes de produits : huiles, résines, fleurs, e-liquides, gummies, sprays.
L’Europe
Plusieurs États membres de l’UE ont interdit le HHC dès 2023 comme l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, notamment). La Commission européenne et l’EMCDDA suivent de près l’émergence des nouveaux cannabinoïdes hémisynthétiques.
Que dit l’ANSM ?
Le communiqué officiel de l’ANSM du 24 mai 2024 est la référence réglementaire à consulter. En voici les éléments essentiels [7] :
À cause des risques qu’ils présentent pour la santé et de leur potentiel d’abus et de dépendance, ces cannabinoïdes sont inscrits sur la liste des stupéfiants à compter du 3 juin 2024 : les cannabinoïdes hémisynthétiques, c’est-à-dire des substances naturelles modifiées chimiquement. Cette famille inclut notamment le HHC, HHCO, HHCP, HHCPO, THCP, THCA, ainsi que le H4CBD et le H2CBD.
L’ANSM précise également que le CBN est exclu de cette interdiction et reste autorisé.
En cas d’effet indésirable lié à l’usage de ces substances, l’ANSM invite à déclarer les cas sur le portail national de signalement : signalement.social-sante.gouv.fr, ou à contacter le CEIP-A de sa région (centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance).
Le H4CBD fait-il “planer” ?
Il peut provoquer de légères effets psychoactifs, décrit par certains consommateurs comme similaires à un mélange CBD/faible dose de THC. Ces effets sont moins intenses que ceux du THC, mais contrairement au CBD pur, il n’est pas considéré comme non-psychoactif.
Sources
[1] Ben-Shabat S, Hanuš LO, Katzavian G, Gallily R. New cannabidiol derivatives: synthesis, binding to cannabinoid receptor, and evaluation of their antiinflammatory activity. Journal of Medicinal Chemistry. 2006;49(3):1113–1117. https://doi.org/10.1021/jm050709m
[2] Morales P, Reggio P, Jagerovic N. An overview on medicinal chemistry of synthetic and natural derivatives of cannabidiol. Frontiers in Pharmacology. 2017;8:422. https://doi.org/10.3389/fphar.2017.00422
[3] Collins A, Ramirez G, Tesfatsion T et al. Synthesis and Characterization of the Diastereomers of HHC and H4CBD. Natural Product Communications. 2023. https://doi.org/10.1177/1934578X231158910
[4] Tesfatsion TT, Ramirez GA, Docampo-Palacios ML et al. Evaluation of Preclinical in vitro Cytotoxicity, Genotoxicity, and Cardiac-Toxicity Screenings of Hydrogenated Cannabidiol. Pharmacognosy Magazine. 2023;19(4):862–873. https://doi.org/10.1177/09731296231195941
[5] Ramirez GA et al. Saturated Cannabinoids: Update on Synthesis Strategies and Biological Studies of These Emerging Cannabinoid Analogs. Molecules. 2023;28(17):6434. https://doi.org/10.3390/molecules28176434 — NCBI PMC : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10490552/
[6] Wilson JN, Mendez DA, Dhoro F et al. Pseudocannabinoid H4CBD improves glucose response during advanced metabolic syndrome in OLETF rats independent of increase in insulin signaling proteins. American Journal of Physiology – Regulatory, Integrative and Comparative Physiology. 2024;326(2):R100–R109. https://doi.org/10.1152/ajpregu.00125.2022 — NCBI PMC : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11283894/
[7] ANSM – Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. L’ANSM inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants. Communiqué du 24 mai 2024. https://ansm.sante.fr/actualites/lansm-inscrit-de-nouveaux-cannabinoides-sur-la-liste-des-stupefiants